ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest : premier tour du monde en course, en solitaire, à bord d’un Ultim 32/23 !

La genèse

LA GENÈSE D'UNE COURSE HORS NORMES…

Comme on le verra, la genèse de cette course du siècle qui a pris presque vingt années, a été tout sauf un long fleuve tranquille avec un parcours houleux digne des mers du Sud parsemé d’embûches et de rebondissements divers !

Comme souvent en Finistère, les bonnes idées naissent au coin d’un bar ! 

Mais en ce mois de novembre 2006, Roland Tresca et François Cuillandre, respectivement Président de Groupe Télégramme Développement et Maire de Brest, ne se trouvent pas assis dans un estaminet breton autour d’un pichet de cidre, mais juste attablés dans la chaleur moite des tropiques au Créole Beach de Pointe-à-Pitre, établissement fréquenté par les marins de la Route du Rhum remportée brillamment quelques jours plus tôt par Lionel Lemonchois sur son trimaran ORMA de 60 pieds Gitana 11. 

Roland Tresca raconte : « Je profite de l’occasion pour lui exposer une idée qui a germé dans mon esprit après l’arrivée de Francis Joyon à Brest, début février 2004, alors que ce dernier vient d’exploser le record du tour du monde en solitaire en multicoque établi par Olivier de Kersauson en 1989. À cette époque, je suis chargé par le Groupe Télégramme de la diversification du groupe. Deux ans auparavant, nous avions manqué le rachat du Vendée Globe et je m’étais dit qu’il fallait se fixer un cap ambitieux et imaginer la course de demain qui ne pouvait être que celle-là. Ainsi, dès le mois de juin 2004, j’avais écrit une courte note circonstanciée qui allait dans ce sens afin de bien planter le décor : la première course autour du monde en multicoque sans escale, autrement dit « la course du siècle ».  Entre-temps, nous avions repris le contrôle de la société Pen Duick spécialisée dans l’organisation des courses à la voile dont la Transat en double Jacques Vabre et racheté la Route du Rhum puis la Transat AG2R et le Trophée BPE. Nous étions alors parfaitement armés pour proposer l’organisation d’un tel évènement planétaire ! J’explique donc au Maire le concept de ce tour du monde en soulignant que la ville de Brest serait bien inspirée de saisir cette opportunité historique. »

Pierre Bojic, alors patron de Pen Duick, et fort de l’excellente organisation de la Route du Rhum par son équipe, enfonce le clou et rassure le maire, Régis Rassouli jeune brestois en charge de la communication de la course et fin connaisseur de Brest ajoute sa pierre à l’édifice, si bien qu’un rendez-vous est pris au Salon Nautique parisien pour avancer sur le projet.

Comme convenu la réunion s’organise au Salon Nautique de Paris en décembre 2006. Roland Tresca et Pierre Bojic rencontrent le maire et s’aperçoivent avant même de détailler le projet qu’il est totalement acquis à leur idée qui correspond tout à fait aux ambitions de sa ville longtemps en retrait des grands rendez-vous de course au large, à l’exception des records. On imagine alors une date possible entre 2010 et 2011, le temps de motiver les coureurs et leurs armateurs, éventuellement de construire de nouveaux bateaux et surtout de trouver des partenaires financiers.

Pour agir dans ce sens, exactement un an plus tard, à l’arrivée de la Transat Jacques Vabre, Pierre Bojic propose que la prochaine Route du Rhum jusqu’alors limitée aux 60 pieds, soit ouverte aux grands bateaux sans restriction de taille. Cela provoque un tollé de la classe ORMA (trimarans de 60 pieds) la plus représentée et comporte un risque car à ce moment il existe peu de multicoques géants. Ces premiers soubresauts se calment toutefois assez vite après quelques discussions houleuses.

Nous voici en janvier 2008 ! L’infatigable Francis Joyon, toujours lui, réalise de nouveau un immense exploit en revenant à Brest après 57 jours de mer en solitaire autour du monde sur son trimaran IDEC Sport, reléguant le précédent record de la sensationnelle britannique Ellen MacArthur à plus de 14 jours. Le lendemain de son arrivée triomphale, Pen Duick et le Groupe Télégramme en profitent pour annoncer officiellement le lancement du tour du monde des Ultimes avec un départ de Brest prévu à la fin de l’année 2011. Malgré la réticence surprenante de certains marins dont Francis et Ellen, seul Thomas Coville se montrant réellement enthousiaste, l’avenir se présente plutôt bien. 

Pour expliquer cette relative tiédeur de certains coureurs il faut comprendre qu’il existe une véritable différence entre un record solitaire et une course contre d’autres bateaux, particulièrement sur un parcours aussi long et exposé qu’un tour du monde. En effet, courir contre d’autres engage souvent à prendre plus de risques en poussant sa monture jusqu’en-dehors de ses limites. Or la limite d’un multicoque c’est le chavirage avec tout ce que cela implique dans les contrées hostiles et désertes du grand Sud !

Les années suivantes vont donc être consacrées aux tâches diverses liées à la réalisation du projet, ébauche de contrat avec la ville de Brest et différents médias, dépôt de la marque Brest Ultime Challenge, recherche de partenaires, ouverture définitive de la Route du Rhum 2010 aux Ultimes afin de renforcer cette nouvelle catégorie. En vain ! 

Malgré l’enthousiasme de l’équipe Télégramme-Pen Duick-Ville de Brest et la superbe victoire explicite de Franck Cammas dans la Route du Rhum à bord du maxi-trimaran Groupama 3, le départ prévu fin 2011 n’aura finalement pas lieu. Et cela pour diverses raisons. La principale étant la crise économico-financière qui a sévi en Europe depuis deux bonnes années retardant la construction de nouveaux bateaux et l’arrivée de partenaires, la seconde le reliquat toujours présent des craintes exprimées précédemment par les marins vis-à-vis d’une telle course planétaire en solitaire.

Il va falloir attendre quelques années supplémentaires pour que les affaires reprennent. Avec les projets de construction de nouveaux maxi-trimarans dont Banque Populaire et Sodebo, les armateurs se sont organisés en créant un Collectif Ultim dès 2013, puis une Classe Ultim en 2015 dont ils définissent la jauge : la longueur des bateaux est bloquée à 32 mètres, la largeur à 23 mètres, ce qui exclut d’office la nouvelle classe des MOD 70 et le gigantesque Spindrift, 40 mètres, ex-Banque Populaire 5 racheté par la famille Bertarelli ! Ensuite cette nouvelle Classe 32/23 annonce un tour du monde au départ de Brest en 2019 qu’elle souhaite organiser elle-même… Mais les choses ne se passent pas comme prévu !

Malgré l’extraordinaire exploit de François Gabart en décembre 2017 qui gravite autour du monde seul sur son trimaran Macif dans le temps record de 42 jours 16 heures, la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2018 voit l’hécatombe des trimarans Ultim. Banque Populaire casse un bras de liaison, chavire et ne peut être récupéré, Gitana abandonne, Sodebo et Macif, bien que finissant sur le podium, connaissent de lourdes avaries. Toutes ces déconvenues obligent la Classe Ultim à renoncer au projet d’un départ en 2019. Ils annoncent son report quelques jours plus tard, à la suite de l’arrivée de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe remportée par l’inusable Francis Joyon !

Dès lors, les cartes de l’organisation de ce tour du monde sont redistribuées ! Les discussions reprennent entre OC Sport-Pen Duick, désormais présidé par Hervé Favre, et la Classe Ultim dirigée par sa présidente Patricia Brochard. En 2021, cela aboutit à un accord entre les deux parties annonçant le départ de ce fameux tour du monde en fin d’année 2023, avec la possibilité d’une seconde édition quatre ans plus tard.

Dans la foulée, les collectivités Brest et Brest Métropole, la région Bretagne et le département du Finistère confirment leur partenariat et les cinq écuries d’Ultim leur participation. Et pour conclure cette belle dynamique, le 22 avril 2022 le groupe ARKEA devient le partenaire titre de la course qui s’appellera : ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest.

Vingt années de tractations diverses ont donc abouti à la réalisation de ce projet unique et la naissance de cette course planétaire que tout le monde attend. En plus de Roland Tresca initiateur et fil rouge du projet et ses compagnons de route, Pierre Bojic puis Hervé Favre à la direction d’OC Sport Pen Duick, de nombreux marins et personnalités du monde de la course au large ont œuvré en coulisses pour que ce projet devienne réalité.  Plus récemment la Classe Ultim et tous ses armateurs ont contribué de façon déterminante à son accomplissement. Sans eux, rien n’aurait été possible.

Enfin, le Groupe Télégramme, par l’entremise de son président Edouard Coudurier, convaincu dès l’origine par l’idée, a été le moteur infatigable de cet interminable processus. Il peut s’enorgueillir aujourd’hui de compter parmi les célèbres groupes de presse créateurs d’une grande course à la voile, tel le Sunday Times avec le Golden Globe Challenge de 1968, première course autour du monde en solitaire sans escale, ou la Solitaire l’Aurore-Le Figaro créée en 1970.

Rédigé par Éric Loizeau

La genèse

Arrivée de François Gabart au port de Brest en 2017 

© Ronan Gladu 

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